Agone

  • Les machines ressemblent à d'étranges créatures qui aspirent les matières premières, les digèrent et les recrachent sous forme de produit fini. Le processus de production automatisé simplifie les tâches des ouvriers qui n'assurent plus aucune fonction importante dans la production. Ils sont plutôt au service des machines. Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu'êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, leur serviteur. J'ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et maître et que je devais lui peigner les cheveux, tel un esclave. Il fallait que je passe le peigne ni trop vite ni trop lentement. Je devais peigner soigneusement et méthodiquement, afin de ne casser aucun cheveu, et le peigne ne devait pas tomber. Si je ne faisais pas bien, j'étais élagué.
    Foxconn est le plus grand fabricant du monde dans le domaine de l'électronique. Ses villes-usines, qui font travailler plus d'un million de Chinois, produisent iPhone, Kindle et autres PlayStation pour Apple, Sony, Google, Microsoft, Amazon, etc. En 2010, elles ont été le théâtre d'une série de suicides d'ouvriers qui ont rendu publiques des conditions d'exploitation fondées sur une organisation militarisée de la production, une taylorisation extrême, l'absence totale de protection sociale et une surveillance despotique jusque dans les dortoirs où vivent les ouvriers.
    Ce livre propose quelques éléments d'analyse du système Foxconn à partir du portrait que fait la sociologue Jenny Chan d'une ouvrière qui a survécu à sa tentative de suicide en 2010. Complété par le témoignage de Yang, un étudiant et ouvrier de fabrication à Chongqing, il retrace également le parcours de Xu Lizhi, jeune travailleur migrant chinois à Shenzen, qui s'est suicidé en 2014 après avoir laissé des poèmes sur le travail à la chaîne, dans « L'atelier, là où ma jeunesse est restée en plan ».

  • Si je vole de l'argent à un homme, il se peut que ce simple transfert de possession ne soit douloureux pour personne ; que cet homme ne ressente pas cette perte ou qu'elle l'empêche de mal utiliser cet argent. Mais il est inévitable que je cause un grand tort à l'Homme : celui de m'être rendu malhonnête. Ce qui blesse la société, ce n'est pas qu'elle perde l'un de ses biens, mais qu'elle devienne un repaire de voleurs ; car alors elle cesserait d'être. De la même façon, si je m'abandonne à croire quoi que ce soit sur la base de preuves insuffisantes, il se peut que cette simple croyance ne blesse personne. Mais il est inévitable que je cause, ce faisant, un grand tort à l'Homme : celui de m'être rendu crédule. Le danger pour la société n'est pas simplement qu'elle se mette à croire des choses fausses ; mais qu'elle devienne crédule et perde l'habitude de mettre les choses à l'épreuve et d'enquêter sur elles ; car alors elle retomberait dans la barbarie.

  • Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n'est pourtant pas morte.
    De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana'a, la révolution fait son retour dans l'histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d'une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd'hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être pins justes pour le plus grand nombre.
    Il s'agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu'elle charrie de méprises et d'occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

  • Sous-payés et revendus entre cinq et dix fois leurs prix d'achat. Pendant ce temps, des paysans vendent leurs produits bio, avec une réflexion sur un prix juste, sur des marchés de plein vent ou au sein d'Amap. Plutôt qu'une démarche indissociablement écologique, sociale et politique, peut-on réduire la bio à une distribution d'aliments sans pesticides pour consommateurs inquiets de leur santé ? La bio peut-elle se mettre au service du "bien-être" d'une partie de la population sans ébranler les fondements de la société de consommation.

  • Guy Môquet, Jaurès, les colonies et tant d'autres. Nicolas Sarkozy en campagne, puis au début de son mandat, n'a cessé d'utiliser et de brandir des références historiques. Cet usage immodéré de l'histoire a alors mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d'une France mythique du candidat puis du président.
    Comment voir clair dans tous ces personnages et événements sans cesse mélangés et associés les uns aux autres en dehors de tout contexte ? Comment comprendre le brouillage de références qui empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu'à celles de la droite ? Quels sont les enjeux et les effets politiques de telles constructions historico-politiques ?
    Une vingtaine d'historiens ont disséqué les usages que fait de l'histoire Nicolas Sarkozy pour permettre de saisir les mécaniques à l'oeuvre dans cette vaste entreprise de reconstruction d'un roman national. Sous la forme d'un dictionnaire, un véritable parcours critique dans l'histoire de France revue et corrigée par une droite qui entend refabriquer de l'« identité nationale »...

  • S'il est devenu si difficile d'envisager de sortir de la crise que perpétuent les démocraties occidentales (et dont les États-Unis bornent l'évolution), ce n'est pas tant à cause de la crise elle-même que du travail des « décideurs » qui, depuis vingt-cinq ans, monopolisent le futur et la croyance dans le futur que leur a donné le pouvoir de l'argent. Pour mettre en lumière les forces motrices de la désintégration américaine - aux niveaux politique, économique, social, artistique et intellectuel -, ce recueil propose de réintroduire la classe au centre de l'analyse ; de briser les utopies et les idoles des 1 % les plus riches ; de faire émerger un contrerécit des principaux centres de stagnation où domine l'optimisme bêlant de la culture du consensus.
    Sur le ton caustique de l'essayisme satirique sont analysés l'« économie de l'innovation », où la recherche sert l'accroissement des taux de profit aux dépens de tout progrès social ; la convergence des visions du monde des milieux dirigeants et des médias, appartenant aux mêmes cercles de sociabilité ; le détournement des mots d'ordre féministes par celles qui ne veulent qu'accroître leur propre pouvoir ; la monopolisation de l'art par un petit groupe de collectionneurs richissimes ; et la gentrification des villes moyennes désindustrialisées gâce au « dynamisme des classes créatives ».
    Au sommaire, des textes de Thomas Frank, Rick Perlstein, Anne Elizabeth Moore, John Summers, Rhonda Lieberman, Susan Faludi, Mark Dancey, Heather Havrilesky, Evgeny Morozov et Chris Lehmann. Avec un reportage photographique de James Griffioen sur la ville de Detroit.

  • La grève générale exprime, d'une manière infiniment claire, que le temps des révolutions de politiciens est fini.
    Elle ne sait rien des droits de l'homme, de la justice absolue, des constitutions politiques, des parlements ; elle nie le gouvernement de la bourgeoisie capitaliste. les partisans de la grève générale entendent faire disparaître tout ce qui avait préoccupé les anciens libéraux : l'éloquence des tribuns, le maniement de l'opinion publique, les combinaisons de partis politiques. ce serait le monde renversé, mais le socialisme n'a-t-il pas affirmé qu'il entendait créer une société toute nouvelle ? on ne sait plus grand-chose de ce que furent les origines du syndicalisme français, et notamment du débat qui vit s'affronter les porte-parole du tout jeune mouvement syndical et ceux du socialisme politique, alors faible et divisé.
    Comme on a oublié la différence radicale entre le socialisme par en haut et le socialisme par en bas, fondé sur la grève générale. ce recueil permettra de mieux connaître la nature et les mobiles d'un mouvement qui tenta de donner à la classe ouvrière le sentiment de la formidable puissance dont elle dispose. ce même sentiment qui, dès 1879, avait inspiré à un ouvrier cette pensée : " les patrons s'inclineront devant nous car nous sommes les producteurs, et quand les bras ne se mettent pas au travail, le capital tombe.
    ".

  • L' "intellectuel" serait forcément "de gauche" ; il oeuvrerait "naturellement" au seul service des dominés ; surtout, son action serait désintéressée. Quelques rappels historiques écornent vite cette belle image ; surtout ils montrent comment ont changé les valeurs au nom desquelles on s' "engage" pour quelles "nobles causes". Un peu d'actualité montre combien les fonctions remplies sont toujours plus publiquement rentables.
    Ce recueil revient sur les rôles qui ont porté certains intellectuels au coeur de mouvements de libération,qui n'ont parfois libéré qu'eux-mêmes, au sein d'une lutte des classes dans laquelle ils n'ont souvent jamais que changé de camp.

  • Ce livre a été rédigé par l'Observatoire de l'Europe Industrielle-OEI qui est un groupe de recherche et d'action se consacrant à la lutte contre les menaces que font peser les multinationales, leurs groupes de pression et leurs relais politiques sur la démocratie, l'égalité, la justice sociale et l'environnement. Il compte cinq membres basés aux Pays-Bas et en Espagne : Belén Balanyá, Ann Doherty, Olivier Hoedeman, Adam Ma'anit et Erik Wesselius.

    Aucun débat sur la " construction européenne " et la démocratie ne devrait pouvoir passer sous silence la stratégie néolibérale de l'UE - encourager la dérèglementation et la privatisation et tout assujettir à un objectif de compétitivité internationale. Cette version actualisée d'Europe Inc. montre comment les groupes de pression industriels contribuent très directement depuis 20 ans à façonner ces politiques, sans que les réformes institutionnelles successives se soucient de limiter, bien au contraire, ce mode de fonctionnement profondément anti-démocratique.

  • Il est impossible de formuler des propositions philosophiques en général : c'est une conviction sur laquelle Wittgenstein n'a jamais varié.
    La solution réelle et complète d'un problème philosophique ne consiste pas pour lui à remplacer un usage métaphysique du langage par un autre, mais à ramener les mots de leur usage métaphysique à leur usage ordinaire. Cette idée constitue la véritable originalité de Wittgenstein. Le chemin qu'il nous suggère d'emprunter, c'est justement celui qui a été oublié par le système des options philosophiques existantes.
    À la différence de beaucoup de travaux antérieurs, les textes de ce recueil se caractérisent par le fait que leurs auteurs acceptent tous d'essayer de jouer le jeu de la philosophie à la façon de Wittgenstein. JACQUES BOUVERESSE. Les treize contributions ici réunies sont principalement consacrées au Wittgenstein des dernières années (1946-1951). Après l'époque du Tractatus, puis celle des Recherches philosophiques, sa pensée prend alors des inflexions nouvelles.
    Les manuscrits de cette période sont un matériau d'une richesse considérable, encore insuffisamment exploré. Ce livre a pour origine un colloque intitulé " Le dernier Wittgenstein " qui s'est tenu au Collège de France du 14 au 16 mai 2001, organisé par Jacques Bouveresse, Sandra Laurier et Jean-Jacques Rosat.

  • L'exemple américain

    Collectif

    • Agone
    • 8 Septembre 2004

    Ce numéro rassemble les textes de quelques-uns des meilleurs spécialistes américains et français de la contre-culture qui demeure au coeur des États-Unis. Il nous permet de comprendre comment l'exemplarité de ce pays est en contradiction tout autant avec la promotion qu'on sert en Europe et ailleurs qu'avec celle que sa population subit. Regarder ainsi le Nouveau monde dans sa réalité historique et sociale dissimulée par la propagande des pouvoirs c'est aussi voir l'Ancien dans son actualité : l'abandon des classes populaires par les partis de gauche, la conversion de l'État providence en État régalien, la propagande du parti de la presse et de l'argent, le recul des contre-pouvoirs au capitalisme d'État, etc.

  • Les guerres de Karl Kraus

    Collectif

    • Agone
    • 15 Avril 2006

    Ce numéro est issu d'un colloque organisé au Collège de France le 29 mars 2005, sous la direction de Jacques Bouveresse et Gerald Stieg.
    Coordonné par Jean-Jacques Rosat, il est consacré à certains aspects des nombreuses guerres que Kraus a menées non seulement contre la guerre, mais également contre le mensonge, la corruption, l'inhumanité et la barbarie sous toutes leurs formes.
    " Karl Kraus est le seul Autrichien de ce siècle à avoir gagné deux guerres mondiales. " (Hans Weigel) Il a moralement gagné la première notamment en publiant, avec Les Derniers jours de l'humanité (Agone, 2005), un des réquisitoires les plus impitoyables qui aient jamais été conçus contre elle et contre la guerre en général. Et il n'y a rien d'artificiel ou d'exagéré dans le fait de suggérer qu'il a gagné également de façon anticipée la deuxième, en écrivant, en 1933, avec la Troisième nuit de Walpurgis (Agone, 2005), un des textes les plus perspicaces et les plus puissants qui aient été produits sur une catastrophe dont il n'a pourtant vécu que les débuts, puisqu'il est mort en 1936, avant d'avoir connu le pire."".

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