Amsterdam

  • Pour un féminisme de la totalité marque le début d'une collaboration entre Amsterdam et Période, revue en ligne de théorie marxiste lancée au printemps 2014. La collection « Période » publiera un à deux ouvrages par an, dont un numéro thématique composé à la fois de textes publiés sur le site et d'inédits.
    La question de l'articulation entre race, classe et genre se trouve aujourd'hui au coeur du paysage théorique : partout se manifeste un désir diffus de penser l'imbrication des formes d'oppression et des identités, mais celle-ci est trop souvent réduite à une affaire de recoupements ou d'« intersectionnalité ». À cette perspective, l'ouvrage oppose une approche en termes de totalité, envisageant le féminisme comme une théorie des déplacements, des décalages dans le temps et l'espace au sein du capitalisme contemporain.
    Le féminisme de la totalité met au centre de l'analyse le concept de « reproduction sociale » (comment sont assurés, au quotidien, la perpétuation et l'entretien de la force de travail) et de sa position au sein du système de la production. En parlant de reproduction sociale, il s'agit d'élargir la notion de « travail domestique », très individuelle et liée au partage des tâches au sein du foyer, et de penser le lien de cette dernière avec le secteur marchand de l'économie et le salariat.
    L'ouvrage propose une traversée de l'ensemble des enjeux actuels du féminisme (oppression des femmes, violence sexiste, travail du sexe et travail tout court, identités LGBTQ, féminisme nationaliste, désir, famille...), en croisant les aspects socio-économiques et leurs effets psycho-affectifs, culturels et identitaires.

  • Gentrifications

    Collectif

    Ce livre ambitieux, écrit par trois géographes, deux sociologues et un politiste, propose une nouvelle approche globale de la gentrification, en rupture avec une image simpliste largement véhiculée par les médias : celle d'une guerre opposant les classes moyennes et supérieures, « bobos », « hipsters » ou « petite bourgeoisie intellectuelle », aux populations ouvrières et pauvres des centres-villes.
    Si les auteurs soulignent la très grande variété des rythmes, des acteurs et des formes de la gentrification, ils se donnent aussi pour but d'en identifier les invariants. En étudiant les transformations de quartiers centraux dans plusieurs villes européennes (Barcelone, Grenoble, Lisbonne, Lyon, Paris, Roubaix, Sheffield), ils tentent de saisir théoriquement l'« ADN » de la gentrification : un rapport social d'appro priation de l'espace mettant aux prises des acteurs et des groupes inégalement dotés.
    Gentrifications examine ainsi la place des groupes sociaux dans la ville, leur concurrence pour l'appropriation de l'espace, les infrastructures que leur offrent acteurs économiques ou politiques, ce qui se joue dans les rapports sociaux quotidiens, mais aussi la grande variété de ces rapports sociaux, qui sont ancrés dans des contextes historiques, géographiques, politiques précis et s'incarnent dans des bâtiments, des populations, des pratiques, des images, des politiques, des esthétiques, des rythmes à chaque fois spécifiques. L'approche adoptée s'inscrit en outre dans le temps long du changement urbain : on ne peut se contenter de saisir les mutations au moment où elles deviennent visibles dans l'espace public.
    La gentrification émerge progressivement, au croisement des trajectoires de villes, de quartiers, de politiques, de dynamiques commerciales et d'habitants, trajectoires qu'il faut saisir dans leur totalité pour en comprendre les effets sociaux et spatiaux.

  • L'art et l'argent

    Collectif

    L'art et l'argent : l'association semble aller de soi, tant il est devenu difficile, voire impossible, de ne pas immédiatement parler d'argent lorsqu'on parle de l'art d'aujourd'hui, dit contemporain. La singularité de ce petit ouvrage vient du fait qu'il donne à entendre des acteurs divers qui ont tous travaillé à faire entendre une voix propre - philosophes, historienne de l'art, écrivain, mais aussi anciens étudiants en école d'art ou encore directeur d'une école d'art municipale. La question de l'art et celle de ses rapports avec l'argent appartient à tout le monde : c'est un problème public, comme entendait l'affirmer Jean- Pierre Cometti, qui est à l'origine du projet. L'ouvrage revient donc sur ce lien obligé, afin de comprendre depuis quand, comment et sous quelles formes, la « valeur » argent a transformé nos façons de faire de l'art, de le regarder et d'en parler.
    En introduction, Jean-Pierre Cometti revient sur la manière dont, historiquement, les noces de l'art et de l'argent accomplissent, sur le plan économique et culturel, l'abolition de l'ontologie qui, dans la vision moderniste de l'art et de la culture, faisaient obstacle à la circulation libre et décomplexée des flux monétaires. Sylvie Coëllier explore ensuite plus spécifiquement la question de la spéculation dans l'art contemporain mondialisé. Jovan Mrvaljevic explique que la position des artistes au sein du système actuel de l'art institutionnalisé est prise entre une déprofessionnalisation des pratiques artistiques et une professionnalisation du monde de l'art. Dans ce contexte d'apparence paradoxale, les positions alternatives et critiques sont incorporées à la logique néolibérale et à l'image démocratique que le monde de l'art donne de lui-même - un point développé par Claire Bishop, dans une contribution particulièrement éclairante sur la « collusion » entre la performance comme forme d'art et la performance comme injonction dans un monde du travail « dérégulé ». Olivier Quintyn, reprenant à nouveaux frais la notion de « valeur somptuaire », interroge quant à lui l'écart existant, dans le monde de l'art, entre une oligarchie aux commandes et des artistes réduits pour la plupart à la précarité. À ces textes théoriques succèdent deux témoignages, l'un d'étudiants en écoles d'art, l'autre du directeur d'une école municipale de province dédiée aux pratiques amateurs, qui permettent concrètement de saisir en quoi, aujourd'hui, l'enseignement de l'art est profondément bouleversé par de nouvelles règles et de nouveaux modes de management. Enfin, Nathalie Quintane repère dans les « éléments de langage » du tout-venant médiatique qui parle d'art la fin d'une certaine critique d'art et le passage à un journalisme de relais, en phase avec le tournant mécénal de l'époque que nous vivons.

  • Quel est l'objet de l'écologie ? Les tigres du Bengale menacés de disparition ou bien les populations habitant près d'usines chimiques polluantes ? Qui compte et qui est oublié, en faisant de la "nature" l'objet privilégié de l'écologie ? De Bruno Latour à Donna Haraway, en passant par William Cronon, Mike Davis ou Jennifer Wolch, le présent recueil nous donne à voir, à travers des textes pour la plupart inédits en français, les questionnements fondamentaux de l'écologie politique comme sa très grande diversité.
    En proposant aussi bien des textes de référence que des interventions mettant en évidence les débats actuels, Emilie Hache dresse une première cartographie des points nodaux de l'écologie politique. On navigue ainsi de la maltraitance des animaux domestiques à l'élaboration d'une politique des espèces compagnes, du point de vue occidental sur les "parcs naturels" à celui des communautés qui les habitent, de "l'évidence" de la séparation entre nature et humanité à la perception de leur intrication fondamentale.
    La crise écologique que nous traversons nous oblige plus que jamais à penser ensemble les enjeux théoriques et politiques de l'écologie, afin d'espérer y répondre de manière non barbare.

  • Relégué pendant longtemps à l'arrière-plan, au profit de l'Ethique et du Traité théologico-politique, le Traité politique est aujourd'hui au coeur des études spinozistes. Son originalité tient en particulier à l'apparition de l'énigmatique concept de " multitude libre ", qui se substitue à la théorie du contrat et sert aujourd'hui de référence centrale à un certain nombre de penseurs contemporains, tel Antonio Negri ou Étienne Balibar. Ce nouveau concept permet de penser autrement le problème de la constitution de l'État, de sa production et de sa reproduction à travers la seule logique des affects. Le présent ouvrage fait le point sur les recherches actuelles autour du Traité politique, de la traduction de ses principaux concepts à ses usages possibles pour concevoir le pouvoir et l'émancipation politiques aujourd'hui.

  • Après l'extraordinaire mouvement d'insubordination généralisée des années 1968 ", la gauche a été littéralement défaite par la contre-révolution néolibérale et les réactions conservatrices qui se sont déployées à l'échelle du monde. Avec la crise financière permanente qui s'impose et s'étend, avec l'épuisement des ressources naturelles et les dérèglements climatiques induits par la logique folle du capitalisme, mais aussi avec la reprise des luttes et des contestations, la donne a aujourd'hui changé. Nous sommes parvenus à un moment crucial de notre histoire. L'alternative entre un mouvement de démocratisation radicale et la barbarisation toujours plus accusée du monde s'impose à nous chaque jour davantage. Nuls lendemains qui chantent à l'horizon, mais des possibilités, incertaines mais concrètes, de construction d'un monde dans lequel les vies de tous et de chacun redeviendraient pleinement vivables et désirables. Il nous faut penser maintenant à hauteur de ces exigences. Une constellation d'activistes, d'analystes, de chercheurs et de théoriciens, s'essaye aujourd'hui à réarmer la critique de gauche. Nous n'avons pas affaire ici à une perspective unitaire : tensions, contradictions et polémiques sont au rendez-vous, et elles ne sont pas près de cesser. Penser à gauche, à travers les contributions de nombre de ces penseurs ou la lecture attentive de leurs ouvrages, voudrait offrir à ses lecteurs une sorte d'instantané au moins partiel de cette constellation, permettant de les saisir dans leur diversité et leurs contradictions.

  • MAJEURE : GOOGLE (coordonnée par Patrice Riemens et Raúl Sánchez).
    Google se présente aujourd'hui comme un objet complexe et presque idéal-typique du "capitalisme cognitif". Mais c'est là tout le problème: est-il devenu le maître du numérique parce que, comme l'Internet en général, il a mimé les processus de subjectivation dans le mouvement des sujets? Ou n'est-il pas, d'abord et avant tout, "un instrument formidable d'intégration des subjectivités dans un schéma normatif du désir, orienté par l'argent" ? Le dossier naviguera entre ces deux pôles.

    MINEURE : Ethique environnementale et Ethique animale (coordonnée par Hicham-Stéphane Afeissa).
    Tout se passe comme si un océan de pensée retenait à domicile, de l'autre côté de l'Atlantique et de la Manche, les problématiques élaborées par l'éthique environnementale. L'objectif du dossier thématique consacré à ces deux courants philosophiques anglo-américains de formation concomitante est de contribuer à mettre un terme à cette situation, en portant dans l'espace public français une réflexion en profondeur sur les enjeux philosophiques et politiques de la philosophie environnementale au sens large.

  • Ce recueil d'interventions s'adresse à tous ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur la réalité du foulard en France et les enjeux véritables de la polémique qui, depuis 1989, est régulièrement relancée.
    Les auteurs, dont plusieurs sont spécialistes du sujet, partagent un même désir de dépassionner les débats et un même refus des manipulations démagogiques. Ils visent à jeter sur la laïcité et le port du foulard un éclairage politique, sociologique et historique, et à mettre en évidence leur profonde ambiguïté. Ils s'attachent aussi à analyser les mécanismes qui contribuent à la production d'un " problème " du foulard en France aujourd'hui.
    Ce sont nos conceptions et nos représentations de la démocratie, de la laïcité, mais aussi du féminisme et de l'islam, qui se trouvent ainsi discutées et mises en question. Ce livre constitue une précieuse synthèse, en même temps qu'une contribution originale au débat.

empty